
Carnet décalé
Comment gâcher son automne à la montagne (et qu'on racontera à la première raclette)
L'automne en montagne, c'est magnifique. Sauf quand le brouillard mange la vallée, que le chalet est à 11 °C et que la courge ne rentre pas dans le four. Nouveau volet de notre inventaire des galères, version intersaison.
Sur le papier, l'automne à la montagne est imbattable : personne sur les sentiers, des forêts qui flambent, des tarifs raisonnables et le premier feu de cheminée de l'année. C'est vrai. C'est même pour ça qu'on y va.
Et puis la montagne, cette grande farceuse, se souvient qu'elle a une réputation à tenir. Le brouillard s'installe, la chaudière fait des siennes, les remontées sont à l'arrêt et la courge ne rentre pas dans le four. Voici le troisième volet de notre inventaire, après les produits de saison qui, eux, ne posent aucun problème.
Épisode 1
Le trajet, version brouillard
Tout commence par la route. En automne, elle a troqué les bouchons de juillet contre des ambiances plus atmosphériques.
- Le brouillard de fond de vallée : quinze kilomètres à 30 km/h derrière un camion, à deviner les virages. Puis on passe un col et le soleil apparaît d'un coup, comme si de rien n'était.
- La météo qui change trois fois en une heure : départ sous la pluie, arrivée sous le soleil, et grésil pendant qu'on décharge le coffre. Personne n'a la bonne veste.
- Les travaux de fin de saison : l'automne, c'est le moment où l'on refait les routes de montagne. Feu alterné, gravillons, et un ouvrier très calme qui vous fait signe d'attendre encore un peu.
- La première neige non annoncée : quelques centimètres à 1 400 m alors que les pneus hiver sont encore au garage. On monte au ralenti, les mains crispées, en jurant qu'on s'en occupera l'an prochain.
Épisode 2
L'arrivée, ou le chalet qui a pris froid
Le chalet est là, il vous attend depuis des semaines. Un peu trop, même.
- Les 11 °C ambiants : un logement fermé depuis fin août a l'hospitalité d'une cave. On garde la doudoune à l'intérieur pendant deux heures, en surveillant le radiateur comme du lait sur le feu.
- La chaudière qui a son avis : elle a fonctionné tout l'été, jure le propriétaire. Elle a surtout attendu votre arrivée pour émettre un bruit inédit et s'arrêter net.
- L'odeur de renfermé : on ouvre grand toutes les fenêtres. Il fait 8 °C dehors. On referme. On rouvre. Cycle infini de l'intersaison.
- Le panier à bois vide : la cheminée, argument numéro un de l'annonce, est absolument magnifique. Et absolument vide. Certains super marchés en station vendent du bois de chauffage — encore faut-il le savoir avant 19 h.
- Les araignées qui ont pris possession des lieux : elles ont eu six semaines de tranquillité et elles le font savoir. Négociation diplomatique dans la salle de bains.
En automne, la montagne ne vous en veut pas. Elle teste juste votre motivation.
Épisode 3
Dehors, l'aventure continue
Le programme était clair : marcher, respirer, prendre des photos de mélèzes. La montagne a lu le programme.
- Les remontées à l'arrêt : la rando prévue commençait en télécabine. Elle commence finalement 600 mètres plus bas, ce qui change légèrement la journée.
- Le sentier devenu patinoire de boue : les feuilles mortes cachent tout : les racines, les pierres, les flaques. On termine avec un pantalon d'une couleur nouvelle et une confiance en soi entamée.
- La nuit qui tombe à 18 h : on avait vingt minutes de marge, on avait mal compté, et la frontale est restée dans l'autre sac. Le dernier kilomètre se fait à la lampe du téléphone, à 4 % de batterie.
- Le brame du cerf, à trois heures du matin : majestueux dans un documentaire. Un peu moins quand le monsieur s'exprime juste derrière le chalet et qu'il faut se lever à 7 h.
- La chasse dont personne ne vous avait parlé : on croise une battue, on porte une polaire beige, et on regrette de ne pas avoir consulté les jours de chasse en mairie avant de partir.
- Les chaussures trempées : il n'y a qu'une paire de bonnes chaussures, et elle met deux jours à sécher devant un radiateur qu'on vient tout juste de faire redémarrer.
Épisode 4
À table, le bouquet final
Il reste une valeur sûre : le dîner. Enfin, en principe.
- La courge trop grosse pour le four : superbe à l'achat, majestueuse sur la table, et strictement impossible à enfourner. On la découpe donc à la scie à pain, dans une ambiance de chantier.
- Le pain, à 19 h : en intersaison, la boulangerie du village ferme tôt. Consolation : le super marché Sherpa de la station cuit son pain chaque matin — et il reste souvent une baguette, une planche de fromages et de la charcuterie de montagne pour transformer l'échec en apéritif.
- La fondue improvisée qui tourne : feu trop vif, vin oublié, fromage qui file. On sauve la soirée avec des pommes de terre et un verre de blanc bien choisi — nos accords entre vins et fromages de Savoie existent précisément pour ça. À consommer avec modération.
- Le barbecue de septembre, ce grand optimiste : il fait 9 °C, il bruine, tout le monde mange debout sous l'auvent en répétant que c'est très agréable.
- Les restes du dernier jour : trois yaourts, un demi-chou et une bouteille entamée. Bonne nouvelle : ce qui n'a pas été consommé, dans son emballage d'origine, peut être repris et remboursé au super marché.
Le kit
Le kit anti-galère d'automne
Et parce qu'on est tout de même là pour rendre service, la liste des cinq objets qui évitent 80 % de ce qui précède.
- Une frontale, chargée, dans le sac — pas dans le coffre.
- Une paire de chaussures de rechange, et deux paires de chaussettes de plus que prévu.
- Un pull de trop : c'est toujours celui qu'on finit par porter.
- Les horaires du super marché de la station, vérifiés avant de monter sur la page de nos super marchés.
- Le numéro de la mairie ou de l'office de tourisme, pour les jours de chasse et l'état des sentiers.
Aucune de ces catastrophes n'a jamais empêché personne de remonter l'automne suivant. Au contraire : ce sont exactement celles-là qu'on raconte à la première raclette. Et vous, votre plus belle galère d'automne ?