
Carnet des sentiers
Cueillette en montagne : myrtilles, framboises, génépi, ce qu'il faut savoir avant de partir
Ramasser quelques myrtilles au bord d'un sentier n'a rien d'anodin. Entre les règles locales, les espèces protégées et les précautions sanitaires, voici les repères à connaître avant de tendre la main.
Il y a peu de gestes aussi naturels que de cueillir une myrtille en passant. On marche, on voit les buissons bas dans une clairière d'altitude, on s'accroupit, on goûte. Ça n'a l'air de rien.
Sauf que ce geste très simple se heurte à trois choses qu'on ignore presque toujours. La première, c'est que la montagne appartient à quelqu'un : commune, particulier, parc, alpagiste. La deuxième, c'est que certaines plantes qu'on croit libres sont protégées par arrêté, avec des sanctions à la clé. La troisième, c'est qu'une baie ramassée au sol n'est pas neutre sur le plan sanitaire.
Rien de tout cela ne condamne la cueillette. Mais ça mérite cinq minutes de préparation, et c'est le sujet de cet article.

Le point de départ
La règle de base : la montagne appartient à quelqu'un
C'est le point de départ, et il surprend beaucoup de monde.
Les fruits sauvages appartiennent au propriétaire du terrain sur lequel ils poussent. Un alpage, une forêt, une clairière : tout cela a un propriétaire, public ou privé. En pratique, une cueillette familiale de quelques poignées est très largement tolérée sur les terrains publics. Ce qui ne l'est pas, c'est la cueillette en quantité, à des fins commerciales, ou sur un terrain privé sans autorisation.
Les communes de montagne encadrent souvent la cueillette par arrêté municipal : volumes maximum par personne et par jour, périodes autorisées, zones interdites, outils prohibés. Ces arrêtés existent parce que la pression de cueillette est réelle dans les vallées touristiques. Ils changent d'une commune à l'autre et d'une année à l'autre.
Les espaces protégés ont leur propre régime, souvent plus strict, allant jusqu'à l'interdiction totale de tout prélèvement, y compris une fleur ou un caillou.
Le seul réflexe fiable : demandez à votre office de tourisme, dès votre arrivée, ce qui est autorisé dans la vallée où vous séjournez, en quelles quantités, et où. C'est gratuit, c'est à jour, et ça évite une amende.
Le geste qui fâche
Le peigne à myrtilles : le vrai sujet des vallées
Voilà l'objet qui cristallise tous les conflits.
Le peigne, c'est ce râteau à dents fines qui permet de remplir un seau en une heure là où les doigts mettent une journée. Il est efficace, et c'est précisément le problème : il arrache les feuilles, casse les rameaux, et abîme le plant pour plusieurs saisons. Un myrtillier met des années à s'installer.
De nombreuses communes de montagne interdisent le peigne, ou l'encadrent strictement. C'est l'un des points les plus fréquemment mentionnés dans les arrêtés locaux, et l'un des plus contrôlés en pleine saison.
Le geste juste tient en une phrase : à la main, sans arracher, en laissant les fruits verts et les feuilles. On cueille moins. C'est le but.
Une myrtille sauvage, ça se cueille avec les doigts. Tout ce qui va plus vite abîme le plant, et le plant était là avant vous.
Cadre légal
Les espèces protégées : le génépi et les autres
Informations données à titre indicatif. La liste des espèces protégées et les arrêtés de cueillette varient selon les communes, les départements et les périodes. Vérifiez toujours auprès de votre office de tourisme, de la mairie ou de la préfecture avant toute cueillette.
Le génépi est le cas d'école, et c'est celui sur lequel les gens se trompent le plus.
C'est une petite armoise d'altitude, qui pousse haut, dans les éboulis et les rocailles, souvent au-delà de 2 000 mètres. Elle est lente à s'installer, fragile, et elle a été massivement prélevée pendant des décennies pour la liqueur. Résultat : sa cueillette est réglementée, avec des périodes, des quantités et des zones fixées par arrêté préfectoral. Dans certains espaces, elle est purement interdite.
Ces arrêtés ne sont pas symboliques. Les contrôles existent, les sanctions aussi, et elles peuvent être lourdes.
Le génépi n'est pas la seule espèce concernée. Plusieurs plantes de montagne sont protégées à des degrés divers, régionalement ou nationalement : certaines gentianes, l'edelweiss, diverses espèces d'altitude. La liste n'est pas intuitive et elle varie selon les départements.
Deux conséquences pratiques. D'abord, ne cueillez jamais une plante que vous ne savez pas identifier avec certitude. Ensuite, avant toute cueillette de plantes de montagne, renseignez-vous auprès de votre office de tourisme ou de la préfecture sur les espèces protégées et les arrêtés en vigueur pour la saison. C'est le genre d'information qui change tous les ans.
Et si c'est la liqueur qui vous intéresse : elle se trouve en magasin, produite par des distillateurs qui travaillent avec des plants cultivés. C'est plus simple, c'est légal, et le génépi reste sur sa montagne.
Calendrier
Ce qu'on ramasse, et quand
| Fruit | Période indicative | Où | À savoir |
|---|---|---|---|
| Fraise des bois | Juin à juillet | Lisières, talus ensoleillés | Fragile, se transporte mal |
| Framboise sauvage | Juillet à août | Clairières, coupes forestières | Plus petite et plus parfumée que la cultivée |
| Myrtille sauvage | Fin juillet à septembre | Landes et sous-bois d'altitude | Buisson bas, baie bleu-noir à chair violette |
| Airelle rouge | Août à septembre | Landes d'altitude | Acide, plutôt cuite |
| Sureau noir | Août à septembre | Lisières, bords de chemins | À ne jamais consommer cru |
Ces périodes sont des ordres de grandeur. Une année sèche, une exposition sud, deux cents mètres de dénivelé : tout décale le calendrier de plusieurs semaines.
Un mot sur la myrtille sauvage, puisque c'est celle que tout le monde cherche. Elle n'a rien à voir avec la myrtille cultivée qu'on trouve en barquette. Le buisson est bas, souvent à hauteur de cheville. La baie est plus petite, plus sombre, et surtout sa chair est violette, pas verte : c'est ce qui tache les doigts et la bouche, et c'est le meilleur indice. Elle est aussi nettement plus parfumée.
Prudence
Les précautions sanitaires
Cette section n'est pas alarmiste, elle est nécessaire.
L'identification d'abord. Ne mangez jamais une baie que vous ne pouvez pas nommer avec certitude. Plusieurs baies de montagne sont toxiques, certaines gravement, et quelques-unes ressemblent de loin à des fruits comestibles. En cas du moindre doute, on laisse. La règle n'a pas d'exception, et une application de reconnaissance sur téléphone n'est pas une certitude.
Le lavage ensuite. Les fruits sauvages ramassés à faible hauteur peuvent être souillés par les déjections d'animaux, et transmettre des parasites, dont certains sont sérieux. La recommandation constante des autorités sanitaires est claire : les baies sauvages ramassées bas ne se mangent pas crues sans précaution. La cuisson est le seul traitement réellement efficace, plus que le lavage seul, qui reste néanmoins indispensable.
C'est le point le plus contre-intuitif de l'article, parce que tout le monde a mangé des myrtilles directement sur le buisson. Le risque est faible, mais il n'est pas nul, et il justifie qu'on transforme la récolte plutôt que de la manger telle quelle. Tarte, confiture, coulis : c'est ce que les gens d'ici en font depuis toujours, et ce n'est pas un hasard.
Le bon sens enfin. Pas de cueillette au bord d'une route, pas de cueillette dans un pâturage à hauteur de bétail, pas de cueillette à proximité d'une zone traitée.
En magasin
Et si vous n'avez pas le temps de cueillir, si la saison n'y est pas, ou si vous avez le moindre doute sur ce que vous avez ramassé : vous retrouvez les myrtilles au rayon frais selon les arrivages, et toute l'année dans nos confitures, coulis et préparations de montagne. La tarte aura le même goût, sans la question de savoir ce qu'il y a dedans. Nos repères sur les produits de saison en montagne vous diront ce qui arrive en rayon, et quand.
Vos questions
Foire aux questions
La cueillette des myrtilles est-elle libre en montagne ?
Non. Les fruits sauvages appartiennent au propriétaire du terrain, et de nombreuses communes de montagne encadrent la cueillette par arrêté : quantités maximales, périodes, zones, outils interdits. Une cueillette familiale de quelques poignées est généralement tolérée sur les terrains publics, mais renseignez-vous auprès de votre office de tourisme pour connaître les règles en vigueur là où vous séjournez.
Peut-on cueillir du génépi ?
La cueillette du génépi est réglementée par arrêté préfectoral, avec des périodes, des quantités et des zones précises, et elle est interdite dans certains espaces protégés. Les règles varient selon les départements et changent d'une année à l'autre. Renseignez-vous impérativement auprès de votre office de tourisme ou de la préfecture avant toute cueillette. En pratique, le génépi produit par des distillateurs à partir de plants cultivés reste la solution la plus simple.
Faut-il laver les myrtilles sauvages avant de les manger ?
Oui, et mieux vaut les cuire. Les fruits ramassés à faible hauteur peuvent être souillés par des déjections animales et transmettre des parasites. La cuisson est le traitement le plus efficace : c'est la raison pour laquelle la récolte finit traditionnellement en tarte ou en confiture. Pour toute question sanitaire précise, adressez-vous à un professionnel de santé.
Le peigne à myrtilles est-il autorisé ?
Il est interdit ou strictement encadré dans de nombreuses communes de montagne, parce qu'il arrache les feuilles et abîme les plants pour plusieurs saisons. C'est l'un des points les plus contrôlés en pleine saison. La cueillette à la main reste la seule méthode sans risque, réglementairement comme pour la plante.
Cueillir, ce n'est pas se servir. C'est prendre un peu, laisser le reste, et savoir ce qu'on ramasse. Le panier sera moins plein, la montagne s'en portera mieux, et la tarte aura exactement le même goût. Et vous, votre meilleur souvenir de doigts violets ?
Article informatif. La réglementation de la cueillette et la liste des espèces protégées varient selon les communes, les départements et les périodes, et évoluent chaque année. Vérifiez toujours auprès de votre office de tourisme, de la mairie ou de la préfecture avant de partir. En cas de doute sur l'identification d'un fruit ou d'une plante, ne le consommez pas.